Nous sommes éleveurs de chevaux en basse-Ariège. Chaque été, nous montons nos chevaux à l'estive que nous louons à la commune d'Orlu pour qu' ils profitent de tous les bienfaits de l'air et de l'herbe d'altitude. Au départ de la vallée, la montée à notre estive prend 2 heures en début d'été, et 1h30 quelques semaines après, quand les mollets sont bien rodés ...
Nos ânes, nos amis indispensables peuvent porter jusqu'à 40 kg de matériel jusqu'à 1600 mètres, à la cabane, et au dessus, sur l'estive qui s'élève jusqu'à plus de 2.000 mètres. Dénivelés, cailloux, sentiers étroits, versants escarpés, chaleur intense ou froid, rien ne les fait reculer.
Depuis notre cabane, on ne voit qu'elle . La reine de l'horizon d'Orlu-En Seys : La dent d'Orlu, ou Pic de Brasseil. Vous n'oublierez pas son altitude : 2222 mètres.
Grands et petits problèmes à la montée : les sangliers ont défoncé le chemin. Plusieurs heures de travail seront nécessaires pour le rendre praticable. pour nous qui louons notre estive, et pour les randonneurs qui trouveront demain le chemin refait. le rôle invisible des éleveurs de montagne ...
une halte au premier étang. En Ariège, le terme "lac" désigne une étendue artificielle, une retenue EDF, par exemple.
Face à nous, plus haut (2000 à 2400 mètres) l'estive à moutons d'un jeune éleveursde nos amis. Dans ce couloir escarpé, l'ours a précipité cette année 94 de ses brebis. Pourtant il avait tout ce que prévoit le plan ours : le berger, 3 patous, les bêtes regroupées pour la nuit ... ça n'a servi à rien.
de belles vaches qui se régalent du trèffle réglissé
nos amies les marmottes
nos ennemis les vautours. ce n'est pas bon signe. notre estomac se serre.
notre fidèle compagnon
la soirée s'avance ... la brume aussi
enfin, arrivée à notre chère cabane, entièrement reconstruite de nos mains.
que la montagne est belle
moments rares, tous les ingrédients du bonheur ...
une tablée d'amis ...
Un nouveau jour se lève sur la montagne ...
notre troupeau de chevaux, les noirs sont des mérens, une race autochtone magnifique et robuste que les éleveurs ont réussi à redévelopper. ils sont parfaitement adaptés à cet environnement : l'altitude, le relief escarpé, les écarts du climat (on ne dirait pas, mais demain il va neiger, en plein mois d'août) ... les miracles de la nature
la magie, la joie et l'émotion d'une naissance, un jeune anon, frêle sur ses pattes ... le miracle de la vie ...
Et puis voilà. Ce que les vautours annonçaient. C'est cela. La mort en face. une jeune pouliche, son oeil vif, sa robe soyeuse, son galop sur l'estive. c'est fini pour elle. l'ours est passé à En Seys.
le suivi de l'ours est passé. La demande d'indemnisation sera étudiée en novembre. L'attaque sera bien imputée à l'ours, et nous serons indemisés. Qui peut croire qu'un chèque remplace cette pouliche là ?
Les vautours n'ont pas traîné, ils rôdent autour de nous et des gardes du suivi. c'est insupportable.
Il n'y a plus de mots. Juste le silence.
le vautour se pose. il attend son heure pour finir la besogne de l'ours. car l'ours ne mange que les parties riches en protéines. (cartilage du thorax, pis des brebis), ses victimes sont consommées par les vautours, les renards, les petits rongeurs.
Depuis la fermetures des charniers à ciel ouvert de l'industrie porcine espagnole, des milliers de vautours affamés ont envahi les pyrénénées. Nous qui connaissons la montagne avons été les premiers à le signaler. en vain.
une autre pouliche en grande partie dévorée.
là encore, il n'y a plus de mots
mais des questions. pourquoi devons nous supporter tout cela. Cette estive, ce paysage fantastique, ce bonheur, ce travail, cabane, chemin, débroussaillage, accès pour les randonneurs, entretien des belles pelouses d'altitude en harmonie avec les troupeaux de vaches et de brebis. Au nom de quoi ?
Au nom d'accords internationaux. C'est la ministre qui l'a dit. Des accords internationaux qui donnent tous les droits aux ours aux loups et aux vautours. Et à nous, aucun. Alors il faut changer ces accords qui sont les prédateurs de la montagne. Comme ces vautours. sinon nous partirons nous aussi d'en Seys. et plus personne ne viendra après nous. Ce n'est pas nous qui le demandons.
c'est la montagne.