Orlu réunit les caractéristiques des hautes estives ariégeoises : altitude, milieu semi minéral, pentes vertigineuses, relief accidenté, climat extrême. Dans ce milieu hostile, la semi liberté des brebis, sous la surveillance et la "virado" (le sens du mouvement) du berger, est la condition sine qua non de la survie des animaux, et de la valorisation de cet espace.
Au premier plan la couche de nuit du troupeau. Dans la brume, le haut du versant de la photo précédente. L'ours est passé, malgré les 3 chiens patous. Il a tué 1 brebis, et par sa présence a précipité 93 autres bêtes terrorisées dans la pente escarpée. bilan : 94 bêtes tuées. Avant l'ours, un troupeau de 1200 brebis, soit 2 à 3 éleveurs, perdait moins de 5 bêtes à l'estive toutes causes confondues. Malgré ces conditions géographiques difficiles.
Le prix du sang, de ces images de mort. Tout cela n'est pas indemnisé, ni indemnisable.
A peine 24 heures ont passé depuis l'attaque. Dans une odeur pestilencielle, des dizaines de bêtes enchevêtrées, brisées, dépecées par les vautours (remarquer leurs plumes, et leurs déjections blanches)
Une brebis n'est pas égale à une autre brebis. Les bagues d'identification s'alignent : 07.123, 07.456 ... 07, c'est l'année de naissance. L'éleveur va recevoir un chèque. 120 € par bête, le prix de la viande, environ. Est-ce que ce chèque peut acheter une autre brebis de 2007 ? non, personne ne vend ses propres bêtes de renouvellement. Est-ce que ce chèque va faire un agneau au printemps ? Non. Préjudice : 3 années de dégâts, supportés par l'éleveur.
Parmi les victimes de l'attaque, 30 brebis ont laissé leur agneau seul. Malgré les soins du berger, beaucoup périront. 30 autres brebis ont avorté, à cause du stress. Cela n'est pas indemnisable.
C'était des brebis tarasconnaises, une race autochtone, de belles bêtes bien nourries, saines, à l'oeil vif, jeunes et pleines de vie. Des années de sélection génétique et de patience ont permis la sauvegarde et le renouveau de cette espèce locale parfaitement adaptée aux estives ariégeoises.
Il faut maintenant désenchevêtrer les bêtes. Retrouver leurs bagues d'identification vétérinaire. Retrouver, calmer, rassembler, soigner le reste du troupeau que la terreur a éparpillé sur des dizaines d'hectares. Des jours et des nuits de travail et de veille. Indemnisation forfaitaire : 115 €
Empreinte fraîche d'ours, que les '"experts" ont, oublié de voir. Comme ils ont oublié 21 brebis dans le décompte des bêtes tuées. La vigilance de l'éleveur et de l'ASPAP, présente sur les lieux, ont permis de rétablir les faits, dont dépend l'indemnisation. le refus de l'ours n'est pas une question d'argent. Il exprime seulement le droit à travailler en harmonie, hommes, montagne et troupeaux. sans ours qui prospèrent partout dans le monde, ni indemnisations.
On avait dit à cet éleveur : une cabane, un berger, un parc, des chiens ... il a tout mis en oeuvre pour se protéger. Des extrémistes de l'écologie qui ne connaissent rien à la montagne nous imposent d'envahir les Pyrénées de milliers de kilomètres de clôtures électrifiées. De milliers de chiens patous, 8 mois sur 12 dans les villages. Tout cela ne sert à rien. S'il l'ours, et le loup, veulent passer, ils passeront, 10 ans d'échec de ces méthodes l'ont prouvé.
un agneau porte les traces des crocs de l'ours. Les vautours n'ont rien laissé ou presque. Seul un oeil avisé et rompu aux expertises saura reconnaître les indices de prédation. La parole et l'expérience de l'éleveur, même à sa 10ème attaque, ne comptent pas.
Tous les éleveurs qui ont subi une attaque situent "leur vie avant" et "leur vie après" ce jour dramatique. Et vivent dans l'angoisse de revivre ce cauchemar. Qui peut croire qu'un chèque remplace cette vie là, cette fierté là de redescendre des bêtes magnifiques, cette paix, cette liberté sur les hautes estives ? Dans cette harrmonie entre les hommes la montagne et les troupeaux que nos anciens ont perpétuée jusqu'à nous, et que nous voulons transmettre à notre tour. Pour nos jeunes, et pour la montagne.