Les formes, les figures, les lumières… elles parcourent le paysage du quotidien d’une façon tellement redondante qu’elles n’ont souvent plus rien de spécial. Mais il y a de ces moments, peut-être par lucidité ou par hasard, où elles nous frappent droit dans l’âme et on les voit. Tenez, un poteau de téléphone, un mur, une porte, une maison. Jours après jours nous les avons croisés, ou nous aurions pu les croiser longtemps, mais c’est à ce moment que nous les voyons. Pure et altérée, leur essence se livre à nous parfois. Mais en vérité c’est probablement une réaction interne, une partie de nous qui réagit avec ce moment, avec cette image. Quoi qu’il en soit, ces visions nous frappent et nous parlent. Dans ce chemin qui vous est présenté ici, il y a des années en images où j’ai déambulé par ci par là, croisant par moment ces lieux. Je vous offre ce regard, sans prétention, sur le quotidien dans lequel nous pataugeons tellement et qui recèle tant de petites merveilles. Louis-David Thériault
Un énorme merci à Annabelle Fouquet, qui fouilla, trouva et rassembla ma collection de photos. Elle est en grande (très grande) partie responsable de ce que vous avez sous les yeux. Et un autre merci à Véronique Bachand, maîtresse des mots, qui a si gentiment accepté de participer à cette exposition en écrivant les textes accompagnant les photos.
Panneaux 1 et 2 gauche Ça ressemble à une fièvre. Un désir, brulant. Entre deux nuages un arbre pousse. Partout, les clôtures deviennent des racines. C’est une question de frontières à dessiner, sur fond de ciel. Bleu, rouge. Ou vert. Frisson couleur d’espoir, tout simplement. droite Des blancs et des vides. Les vitres noircissent, manquent de transparence. Et tu perds, échappes. Malgré tes yeux grands ouverts, rien ne vient. Tout se brouille. Ce n’est pas une question de regard. Ce n’est pas de ta faute. C’est ton pays d’hiver qui se cogne contre les murs. On te fait de l’ombre. On ne veut pas que la lumière entre. Alors il faut sortir. Braver les rayons, l’aveuglement. Laisser ta peur, même si tu ne voies rien, et ouvrir tes volets, traverser tes fantômes. Risquer. Tous tes sens te le diront. Tu n’es pas seul. 1. Sackville, Nouveau-Brunswick 2. Rivière-du-Loup, Québec 3. Sackville, Nouveau-Brunswick 4. Sackville, Nouveau-Brunswick
Panneaux 3 et 4 gauche Sans cesse, les jours tombent et se relèvent. Rien ne tient réellement, sinon que les doutes et les débalancements. C’est une question d’alignement. D’éclairage. Tout dépend d’où tu te places. Il faut saisir les angles, même s’ils sont morts. Il faut cligner des yeux. Regarder et refuser, dans le même battement. Reconstruire, lentement. droite Il n’y aurait pas de scène. Ni de spectacle et pourtant. Tu te demanderais. Tu te demanderais, tellement, si tout cela serait vrai. 1. Rivière-du-Loup, Québec 2. Rivière-du-Loup, Québec 3. Sackville, Nouveau-Brunswick 4. Montréal, Québec
Panneaux 5 et 6 gauche C’est le temps mort, le temps vivant. Celui d’un arbre grandissant dans les souvenirs emmêlés, espérant l’espoir, figé, bien figé dans la mémoire en chemin, sans bout, sans fin. C’est le temps pause. Celui qu’on prend, avant d’avancer. droite Marcher, rencontrer. Un fil, une tension. 1. Rivière-du-Loup, Québec 2. St-Alexandre, Québec 3. Midgic, Nouveau-Brunswick 4. Sackville, Nouveau-Brunswick
Panneaux 7 et 8 gauche Mais il n’y a pas d’éclat, de rayon. Une porte, une fenêtre. Ce n’est que la nuit, qui entre et qui sort. Et le noir aussi. Et le vent et le froid et la pluie et le temps, glacial, que tu fuies, en silence. Parler en hurlant. Hurler en vain. C’est la nuit qui s’acharne, étouffante. Tu te tais. droite Le vide, l’attente. L’évidence. Rien ne passe, ne se passe. Tu cherches ta langue, tes rythmes et tes refrains. À en perdre la voie. Tu attends, oui. Et tu sais, que c’est à cause de l’attente. 1. Montréal, Québec 2. Boston, Massachusetts 3. Montréal, Québec 4. Sackville, Nouveau-Brunswick
Panneaux 9 et 10 gauche La clarté s’évapore, invisible. Ambiguë. La nuit a tiré ses rideaux. Enfermée, elle dort encore. Sous tes grands ciels, les temps changent et tu ne comprends rien. droite Les printemps s’agitent, pressés. Empêtrés, coincés. Tout tourne, en rond. 1. Sackville, Nouveau-Brunswick 2. Sackville, Nouveau-Brunswick 3. Sackville, Nouveau-Brunswick 4. Sackville, Nouveau-Brunswick
Panneau 11 Des bleus de ciels, partout. Que des couleurs. Des lignes, des formes. Voilà ce qui est, ce qui reste. Étoffes en berne à déployer. 1. Sackville, Nouveau-Brunswick 2. Sackville, Nouveau-Brunswick 3. Creston, Colombie-Britannique
Panneau 12 Ce n’est pas une histoire : ce n’est que chez moi. Dans nos déserts nous sèmerions des maisons, pour les racines. Il y a aurait des toits et des fenêtres, partout, pour combler les vides. Ce n’est pas un rêve. C’est le dessein de nos espaces. Quand j’ose fermer les yeux, pour prendre l’air. 1. Sackville, Nouveau-Brunswick 2. Sackville, Nouveau-Brunswick 3. Sackville, Nouveau-Brunswick